18 déc. 2011

Ghana : Le débat sur l'homosexualité divise le pays



Le débat sur l'homosexualité continue de diviser le Ghana, après la déclaration du Premier ministre britannique David Cameron au cours de la dernière réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth il y a deux mois, dans laquelle il menace de stopper l'aide aux gouvernements qui continuent d'interdire l'homosexualité dans leur législation.

"Adhérer aux droits de l'homme"

M. Cameron a déclaré que ceux qui reçoivent une aide de la Grande-Bretagne doivent "adhérer aux droits de l'homme" et que "l'aide britannique devrait comporter plus de conditions". Suspendre l'interdiction de l'homosexualité est une des recommandations d'un rapport interne de la réunion du Commonwealth. Cet appel est soutenu par Simon Azantilow, un homosexuel vivant à Accra : "Nous avons le droit de pratiquer ce que nous voulons. Les humains ont le droit de choisir leur préférence sexuelle. C'est une honte que nos lois soient aussi arriérées".


Cependant, le Révérend George Asante, pasteur de l'église Christian Messengers à Kumasi, s'oppose aux déclarations faites par le Premier ministre britannique : "L'homosexualité est mauvaise de différents points de vue. D'un point de vue constitutionnel et religieux, c'est une pratique illégale qui ne doit jamais, jamais être tolérée". Les lois du Ghana interdisent la pratique de l'homosexualité, créant un climat répressif pour les gays qui souhaitent s'exprimer.


Intérêts


Dans une récente déclaration, le président du Ghana John Evans Atta Mills refusait clairement de se laisser influencer par les menaces de Cameron : "Laissez-moi vous dire que, même si nous apprécions l'assistance financière et toute l'aide que nous apportent nos partenaires de développement, nous n'accepterons pas de conditions qui nuisent à nos intérêts ou détériorent la société que nous souhaitons améliorer avec cette aide".


Mais pour Azantilow, Cameron doit sanctionner lourdement le Ghana dans tous les domaines de coopération, si les habitants du pays doivent continuer à souffrir. "Je suis Ghanéen et je ne veux pas que mon peuple souffre. Parfois, des décisions brusques doivent être prises pour changer les choses. Cameron doit être sévère avec le Ghana et avec les autres pays qui continuent de ne pas nous accepter", explique-t-il.


Les menaces de M. Cameron s'appliquent uniquement à l'aide bilatérale, ou aide gouvernementale. Mais la somme totale d'aide apportée au pays ne sera pas réduite, car les fonds seront répartis dans d'autres canaux. Le Révérend George Asante croit pour sa part que les Ghanéens doivent résister "toute forme d'oppression contre nature, même si cela implique des sanctions économiques". Il se dit convaincu qu'aucun montant financier ne pourra réparer la déchirure que cela causera dans le tissu social du pays : "Notre héritage ancestral nous a toujours dicté de condamner l'homosexualité. C'est pour cette raison que la constitution du Ghana s'assure que toute forme de sexe contre nature est interdite".


Nombreux



Azantilow réplique en citant que la constitution du Ghana ne mentionne pas explicitement l'homosexualité : "Si les auteurs de la Constitution avaient été sûrs de ce qu'ils écrivaient, ils auraient nommé l'homosexualité. Ce qu'ils n'ont pas fait". Il explique également que pour des raisons de sécurité, la communauté gay a délibérément décidé de ne pas dévoiler le nombre de ses membres, mais il confirme qu'ils sont nombreux au Ghana.
Les deux bancs du débat ont divisé l'opinion publique au Ghana et il reste à voir si le Premier ministre britannique exécutera ses menaces.

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